La cuisine politique

Café Fédéral, septembre 2025

En tant que cuisinier de formation, la politique me fait penser à un plat mijoté. On ajoute peu à peu les ingrédients dans la cocotte, on remue patiemment à feux doux, on goûte, on assaisonne, on attend. Et c’est seulement à la fin que l’on sait si le plat est parfaitement réussi. Ou pas. Certaines propositions «mijotent» pendant des années. Elles sont renvoyées, rejetées ou remises sur le feu. Elles font des allers-retours entre le Conseil national et le Conseil des États, les commissions et l’administration. La patience est mise à rude épreuve. 

GastroSuisse s’oppose depuis 2019 à un affaiblissement de la loi sur les cartels qui entraverait les importations parallèles. Depuis sept ans, nous nous engageons en faveur de la primauté des salaires minimaux négociés par les partenaires sociaux sur les salaires minimaux cantonaux. Avant la session, nous étions convaincus que le Parlement allait enfin rendre les décisions attendues. Eh bien nous avions tout faux! 
Les deux objets continuent à mijoter. 

Mais la session d’automne a tout de même démontré la qualité du service.
Trois décisions ressortent:

  • Premièrement, le Conseil national s’est prononcé en faveur du financement de la 13e rente AVS par une augmentation temporaire de la TVA jusqu’en 2030. Il a ainsi corrigé une erreur du Conseil des États qui avait proposé une solution plus coûteuse entraînant une augmentation des charges salariales. Le dossier n’est pas encore clos, mais un signal est donné. Les politiques doivent comprendre qu’ils ne peuvent pas répercuter indéfiniment les coûts sur l’économie.
  • Deuxièmement, le Conseil des États souhaite renforcer la formation professionnelle supérieure en révisant la loi. Grâce aux nouveaux titres «Bachelor professionnel» et «Master professionnel», les diplômes suisses de formation professionnelle supérieure auront plus d’impact à l’échelle internationale. Un avantage concurrentiel de poids pour attirer les talents. Cette revalorisation rend aussi l’apprentissage professionnel plus attrayant pour les jeunes et démontre que l’on peut faire une belle carrière sans passer par l’université. 
  • Troisièmement, le Conseil des États veut réduire les charges administratives. À l’avenir, les apprentis frontaliers devraient obtenir un permis pour toute la durée de leur apprentissage au lieu de devoir le renouveler chaque année.

Ces trois plats devront encore mijoter un moment. Mais si le Parlement maintient le cap, l’attente en vaut la peine. Il nous servirait alors un menu non seulement nourrissant, mais également savoureux.

Beat Imhof, président